Manifeste de la Maison des Ecrivains qui subit des difficultés persistantes

La littérature est inadaptable - Manifeste pour la littérature

Pourquoi la Maison des écrivains et de la littérature est-elle menacée ?

La Maison des écrivains est menacée parce que la littérature est menacée.

Nous le pensons car nous, écrivains, vivons littérature, laquelle est notre maison menacée.

Ce n’est pas une image, nous sommes littérature.

Nous prenons le risque d’oser être totalement, inconditionnellement, littérature.

Nous l’affirmons.

Au moment même où s’ouvrait le festival littéraire de la Maison des écrivains, « Littérature - Enjeux contemporains », nous intitulions sa 13e, édition « SURVIVRE ».

À ces Enjeux nous tenons parce qu’ils sont au fondement même de toutes les actions conduites par la Mel dans le cadre de la transmission de la littérature.

Nous disons partage et transmission.

Nous disons éducation artistique et culturelle.

Nous disons possibilités de rencontres.

Nous disons échanges de voix, de caractères, d’œuvres singulières qui se frottent et jouent.

Nous disons échanges entre auteurs, auditeurs, jeunes et moins jeunes, étudiants et enseignants en attente d’inspiration, de voies, de bifurcations nouvelles.

Les temps sont troubles, certes, mais les langues qu'utilise la littérature - donc la pensée - manifestent notre besoin de compréhension, de consolation et de résistance.

Nous disons dignité.

Nous disons nécessité de contrer tout système qui s'opposerait à la liberté de chacun.

Aujourd’hui, plus que jamais, entre le présentiel et le distanciel, nous avons choisi l’oblique et l’existentiel : l’essentiel.

Essentiel qui s’abreuve à la source, c’est-à-dire dans la langue, malmenée toujours par les pouvoirs qui, sous couvert de modernité (ou désormais d’innovation), nous engluent dans une « technolangue » inepte, car sans prise avec le réel humain, contrairement à ce qu'elle prétend, alors qu’elle ne vise qu’à étouffer la pensée indépendante et vive.

La résistance de la littérature passe aussi par l’existence d’une maison solide, ouverte à tous les écrivains, à tous ceux qui veulent faire vivre la littérature.

La Mel est cette maison. À la fois lieu de réflexion et d’interrogation, lieu de croisement entre tous ces regards portés par les écrivains sur notre monde et vecteur de transmission, en direction de la jeunesse, des valeurs qui lui sont propres. Il importe de montrer que ces valeurs ne sont pas simplement un objet patrimonial, mais une affaire plus que jamais vivante. C’est tout le sens des multiples actions dites d’éducation artistique et culturelle que la Maison mène inlassablement auprès des collégiens, lycéens et étudiants. Si la littérature est cette force émancipatrice, elle doit permettre d’éprouver et de faire éprouver à chacun sa liberté, et tenir ce rôle sans entraves.

La mettre « en jeu », comme la Maison des écrivains et de la littérature le fait à chaque instant, c’est déjouer ce qui pourrait la réduire, voire l’anéantir et redonner, par les humanités, l’humanité dont manque aujourd’hui notre société.

Nous, écrivains, enseignants passeurs de littérature, lecteurs, sommes littérature parce que nous la faisons vivre sans relâche, en écrivant, en lisant, en transmettant, c’est pourquoi nous manifestons, aujourd’hui, notre volonté d’être entendus.

Marianne Alphant, Béatrice Commengé, Benoît Conort, Éric Dussert, Roberto Ferrucci, Sylvie Gouttebaron, Gilles Jallet, Alain Jaubert, Ismaël Jude, Georges Lemoine, Jean-Yves Masson, Jean-Claude Pinson, Michel Simonot

Site : http://www.m-e-l.fr/

Source : https://actualitte.com/article/99490/tribunes/la-maison-des-ecrivains-est-menacee-parce-que-la-litterature-est-menacee